Avec son album "does not sing christmas" (voir chronique plus bas), Sylvia nous offre depuis quelques semaines un recueil de pop songs et de ballades, entre rafraichissement avant la traditionnelle canicule estivale, et chope de bière dans un rade crasseux bien rock 'n roll. Dans quelques jours l'album sera disponible également via téléchargement sur les sites habituels, l'occasion d'avoir des réponses aux questions que l'on se pose sur ce disque qui aurait pu s'appeler "contraddiction".
1) Salut Sylvia, Une première question assez générale pour commencer, tu étais auparavant membre de plusieurs groupes, et cet album est ton premier en solo que je sache. Comment a été prise la décision de faire ce disque solo ? Est ce qu'il s'agit d'une collecte de titres que tu as écrits depuis un moment ou est ce que tu as juste fait une pause avec ces groupes ?
J’ai effectivement été instrumentiste dans des groupes divers et variés, il y a eu un groupe punk à la Public Image Ltd, un groupe de psychobilly, et puis La Féline, du folk-pop où la pédale de disto était prohibée. Il y avait des choses que j’aimais dans la musique de chacun de ces groupes… Mais à la longue il est devenu frustrant de consacrer autant de temps et d’énergie à des projets qui finalement ne me ressemblaient guère, au détriment de mes propres chansons.
Je compose dans mon coin depuis des années, pour moi. J’ai toujours eu le lointain projet d’enregistrer mes machins, ou de les jouer dans un groupe à moi… Mais ça relevait plus du fantasme que d’autre chose, c’était comme si j’étais une petite fille qui rêve de devenir chanteuse quand elle sera plus grande. Je ne me considérais pas comme une « vraie » musicienne.
Et puis un dimanche, il y a un an, je lisais un livre sur Bob Dylan, où un journaliste était venu en studio pour assister à l’enregistrement de je ne sais plus lequel de ses albums, en 64. Le Bob enregistrait très vite, 3 titres en une soirée, seul avec sa guitare – c’était avant qu’il ne passe à l’électrique. Et en lisant ça, je me suis dit « mais au fait, merde, moi aussi je suis capable d’enregistrer mes chansons en studio toute seule, vite fait sur le gaz. » La comparaison avec Dylan s’arrête là. J’ai fermé le livre et me suis mise à envisager l’aspect technique de l’enregistrement. Sans label, avec juste un ami ingé-son et un peu de sous que j’avais de côté, c’était faisable. A la base, l’album ne devait contenir que des ballades, moi toute seule avec ma guitare. Et puis des gens m’ont suggéré d’y mettre de la batterie, j’ai demandé à deux amis batteurs qui ont été d’accord, voire enthousiastes. On est partis à Brest avec mon pote ingé-son et mon pote batteur, enregistrer chez un mec qui a aménagé un studio assez pro dans sa cave. Houlà c’était bizarre ! C’était la première fois que je prenais les rennes d’un projet. D’habitude j’arrive, je joue ce qu’on me demande, j’empoche les tickets-boissons et je m’en vais les utiliser dans mon coin, la logistique c’est pas mon truc, je préfère aller au bar. Là, en studio, c’était à moi de prendre les décisions. J’ai dû y prendre goût faut croire, j’ai tout régenté : le mixage, le mastering, la pochette, le pressage et maintenant la promo à l’arrache. Au final, il me semble que ça en valait la peine.
2) Pour ce premier album tu as fait le choix d'un disque varié et non pas d'un disque compact, on a ainsi des morceaux très rock, d'autres plus pop, et même quelques ballades. Pourquoi ce choix ?
Mais, mon garçon, mon disque est varié car la VIE est variée ! (je plaisante)(pas). Plus sérieusement. D’une part, je n’aime pas la monotonie. Quand j’écoute un disque, j’aime être surprise. D’autre part, certaines chansons sur l’album ont été composées il y a 8 ans, « Love Song » par exemple, et d’autres sont toutes récentes. Quand j’ai fait ma sélection parmi la trentaine de morceaux valables que j’avais composés dans toute ma vie, j’ai choisi des titres qui ne se ressemblaient pas, tant qu’à faire.
3) Tu utilises et superposes beaucoup ta voix sur ce disque. Est ce qu'il y a un/une chanteur/se qui t'inspire particulièrement pour tes prises de voix ?
Kim Deal a une voix magnifique. Pour beaucoup de gens, une chanteuse doit avoir une « voix », de la technique, faire des fioritures, travailler ses vocalises avant concert, ce genre de conneries. Comme si chanter relevait de la performance technique. J’ai toujours pensé que trop de technique nuit à la musique. On fait de la musique pour faire passer des émotions, pas pour dire aux gens « hé les mecs, regardez toutes mes octaves, regardez comment j’arrive trop bien à monter dans les aigus, vous pouvez pas en faire autant, hein, hein ?.. »
Kim Deal chante comme un être humain. Humblement. L’alcool, la clope et la fatigue clairement audibles dans sa voix, ses faiblesses vocales complètement assumées, tout cela fait que quand elle chante on entend une vraie personne, touchante.
En ce qui concerne mes harmonies vocales et mes chœurs… Eh bien, j’écoute de la pop sixties, et la pop sixties est truffée de belles harmonies, voilà tout.
4) La force de cet album réside également dans ses excellents textes, à la fois personnels et universels. On sent qu'ils portent sur des choses que tu as vécues mais on se sent également touchés et concernés par ce que tu y dis. Est ce que tu peux nous parler un peu plus de ton processus d'écriture de textes ?
Je ne sais pas si on peut vraiment parler de « processus » pour quelque chose d’aussi bordélique… Mes textes sont indissociables de la mélodie pour laquelle ils ont été écrits. Ils ne racontent pas nécessairement des choses que j’ai vécues (fort heureusement, je n’ai jamais tué une jeune fille, ni ne me suis jetée sous le métro à l’heure de pointe). Il m’arrive d’avoir peur que mes amis comprennent mes textes, et ne veuillent plus me parler après. Qu’ils croient que je suis une pauvre folle probablement dangereuse. J’ai passé mon adolescence fascinée par les textes de Lou Reed, qui racontent des choses trash sur un mode cynique, mais toujours avec beaucoup d’humour… Effectivement, quand j’aime une chanson, le texte est très important pour moi. Envisagerais-je « Midnight Rambler » de la même façon si je ne savais pas qu’elle parle de l’étrangleur de Boston ? « Heroin » si je ne savais pas qu’elle cause de drogue ? Le « No Surprises » de Radiohead si elle ne racontait pas un suicide ?
Pour en revenir à mes paroles, eh bien, je ne chante pas le joli amour ni la gentille joie de vivre, parce que ça ne m’intéresse pas. La vie peut être sacrément violente, voire franchement pas marrante, par moments. C’est cet aspect-là que je recherche dans la musique que j’écoute, ça doit probablement relever d’un genre de catharsis, ou un machin comme ça…
J’ai écrit l’ébauche du texte de « Love Song » à 15 ans, après avoir lu le roman « Le Parfum » de Patrick Süskind. Ca s’appelait déjà « Love Song ». L’histoire d’un meurtre présenté comme une chanson d’amour, je ne sais pas, ça me parlait. Peut-être parce que l’amour est intrinsèquement violent… Beau, et puis violent un peu aussi….
5) Toujours concernant les textes, tu parviens parfois à écrire des choses assez dures exprimant la tristesse ou la colère sur une musique qui n'est pour autant ni dark ni dépressive (je pense notamment à Nicely Stupid) comme c'est souvent le cas pour ce genre de texte. Comment expliques tu cela ?
« Nicely Stupid » est un mauvais exemple, car justement sur ce morceau je trouve que paroles et musiques sont en adéquation. On a fait musique plus hard tu me diras, mais le riff est tendu, assez violent je trouve… « Nationale 3 » illustre mieux ce que tu dis. Ce morceau guilleret parle de quelqu’un qui se sent tellement seul qu’il envisage de se jeter sous un camion, mais se demande si ça vaut la peine, vu que personne ne se souviendra de lui. L’angoisse de ne pas passer à postérité, d’avoir vécu sa vie pour rien… Le tout chanté sur un morceau en forme de blague, que des power chords, limite Blink 182. Pourquoi ce contraste entre paroles et musique ? Peut-être pour alléger le contenu, peut-être au contraire pour rendre le texte encore plus glauque une fois qu’on l’a compris ?.. C’est une démarche qui me vient naturellement, je ne sais pas vraiment pourquoi. Peut-être aussi pour brouiller les pistes, pour que les seules personnes habilitées à comprendre mon disque soient celles qui le veulent vraiment, celles qui creusent pour bien piger de quoi je cause… Sorte de sélection. Oh là là, comme je suis prétentieuse !
Ou alors, plus simplement, je n’aime pas la musique dépressive ou dark. Des trucs comme Bahaus, la cold-wave ou le metal, m’emmerdent au plus haut point. J’aime la pop, les mélodies simples, les harmonies.
6) Quels sont tes projets à venir concernant ce disque mais aussi tes activités musicales ?
En ce qui concerne ce disque, eh bien, je n’en ai aucune foutue idée.
Il y a des gens que ce disque touche, c’est bien, c’est pour ça que je l’ai fait. Il y en a aussi beaucoup que le disque laissent indifférents, bah tant pire, je n’écris pas des chansons pour plaire aux gusses qu’ont des goûts de chiotte. Je n’envisage pas que le disque ait ce qu’on appelle du « succès ». Si un petit label venait à s’intéresser à mon cas ce serait marrant, mais ce n’est pas quelque chose que j’ai prévu, ni même réellement espéré.
Par contre, ce que je voudrais bien c’est faire un groupe. Un vrai groupe je veux dire, pas un backing-band de moi. Idéalement, un trio guitare-basse-batterie. Un groupe où on composerait collectivement ; j’ai envie de jouer des choses nouvelles, plus rock, avec de l’énergie. J’ai vraiment envie de rejouer de la basse sur scène, ça me manque.
7) Beaucoup de tes morceaux plus rock font penser aux Breeders, et je sais que tu es une fan, mais tes ballades à la fin du disque me font penser à certaines artistes féminines comme Jesse Sykes. Est ce qu'elle fait partie de tes influences ? quelles sont tes références à ce niveau ?
Je ne sais même pas qui est Jesse Sykes ! Tu excuseras mon ignorance crasse, je ne me tiens pas trop au courant des trucs qui sortent ces temps-ci… J’écoute beaucoup de vieux trucs folk ou country depuis quelques années, des ballades traditionnelles avec des belles mélodies toutes simples, c’est souvent triste mais jamais dépressif ni dark, ça ne se prend pas la tête ni ne se regarde le nombril, ça raconte des trucs universels. Et puis j’aime bien le son un peu crade des vieux enregistrements. Je ne vais pas pour autant me mettre à faire semblant que je suis une country lady et qu’on est à Memphis genre en 62, ce serait une imposture, et puis ce ne serait pas très intéressant.
Mais pour en revenir à mes ballades… Je pense qu’elles doivent plus au Velvet qu’à la vieille country. Le reste de l’album est également très influencé par le Velvet, si tu écoutes bien. Si tu savais ce que ça peut m’emmerder, depuis quelques années, n’importe quel crétin de baby-rockeur jouant du sous-Doherty de mes deux, se dit fan du Velvet. Ecouter le Velvet, c’est devenu pareil que porter un slim, c’est la putain de mode. Du coup, j’ai toujours peur de passer pour une fashion-victim quand je parle du Velvet, alors je ferme ma gueule. Mais pour une fois que j’ai l’occasion de l’ouvrir en public, hein, eh bien voilà : j’ai découvert le Velvet à l’âge de 12 ans ½, j’ai pris ma claque, appris l’anglais avec les textes de Lou Reed, et il n’y a pas un souvenir de mon adolescence qui ne soit associé à une chanson du Velvet. Et je ne porte pas de jean slim.
Question Bonus : Sylvia, on te sait très attachée aux visuels, d'ailleurs tu fais notamment de la photographie, quelle est donc la pochette de disque ultime pour toi ?
J’adore le travail de Vaughan Oliver, le graphiste attitré de 4AD, qui réalise toutes les pochettes des albums qui sortent sur le label. On va encore me traiter de monomaniaque, mais les photos qui illustrent le livret du « Doolittle» des Pixies sont de pures merveilles.
L'album de Sylvia est désormais disponible via téléchargement à cette adresse
http://www.pop-only-knows.fr/catalogue.html
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