Sunn O))) @ 4AD (Diksmuide, BE) 14/12/07

Publié le par Puissance 4

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Pouvait-on faire mieux que ce concert magique au Dour Festival il y a maintenant près de 6 mois ? C'est la question que je me posais en parcourant la soixantaine de kilomètres me séparant de Diksmuide, ville charmante de Flandres plus connue pour son héritage médiéval et son rôle dans la première guerre mondiale que pour les concerts de Rock. Et c'est vrai, note à part, que Diksmuide est une ville assez intriguante, à l'architecture superbe, où le temps semble s'être arrêté. Et malgré le froid, je me suis promené le long d'une sorte de rivière et c'était très cool et étrange, en fait on se serait cru dans une map du jeu "Medal of Honor".

Me voici donc au 4AD, une petite salle de concert qui a l'habitude de programmer des choses qui déchirent vraiment (d'ailleurs Sunn o))) y étaient déjà venus il y a plus d'un an). Black Heart Procession ouvrent pour Sunn O))) ce soir. Malheureusement je ne verrai que la fin du set car j'ai loupé le début. Le groupe s'est installé en plein milieu de la fosse et a empilé tout un tas de télés au milieu alors qu'ils ont disposé leur matos en cercle. Assez fun comme disposition même si du coup, dès qu'on est un peu loin d'eux on voit strictement rien. Musicalement ils pratiquent une sorte de metal lourd mais tout de même assez mélodique.

C'est le changement de plateau. Les mecs de Black Heart Procession virent leur matos, les doomers vont se recharger en bières ou les plus fétichistes d'entre eux passent au stand merchandising baver devant toutes ces rééditions japonaises des albums de Sunn o))), White01, White02, Altar, Oracle, et aussi des tee-shirts des sweat et des vestes militaires, y a de quoi se faire plaisir.

Comme d'habitude on balance de la fumée à gogo pendant 20 minutes ce qui fait qu'on ne voit pas à plus d'1 mètre dans la fosse !

C'est enfin le début du concert, un type en grimm robe apparait seul sur scène armé d'un trombone à coulisses. On reconnait Steve Moore (de Earth) malgré la grimm robe. Le trombone noyé dans la reverb et le delay donne un intro du tonnerre. Il est très vite rejoint par Thomas Nieuwenhuizen qui officiera lui au Moog Thaurus II, le genre de matos qu'on rêverait d'avoir et qui va encore nous martyriser ce soir...

18 Baffles d'amplis sont disposés en véritable mur de son avec bien sûr les têtes Model T de chez Sunn ou SVT de chez Ampeg qui vont avec... et Greg Anderson; Stephen O'Malley et Bill Herzog de Jesse Sykes & the Hereafter vont bientôt se charger d'en faire chauffer les lampes à blanc.

Anderson se saisit de sa basse tandis que O'Malley jouera de sa désormais célèbre Travis Bean avec le manche en aluminium. La montée est progressive, et la rupture est proche. Steve Moore laisse tomber le trombone pour rejoindre son poste au clavier tandis que Bill Herzog joue de la contrebasse électrique.

Et là il se passe un truc. On savait que Sunn O))) pouvait provoquer des choses, mais on était encore loin de s'imaginer l'onde sismique qui allait suivre...

Le show est alors dans la première des trois parties que je distinguerai. Après l'intro au trombone la tension est montée d'un cran, nous sommes noyés dans la fumée et aussi dans les infrabasses, mais Anderson et SOMA croient bon d'en rajouter une couche alors qu'on pensait les limites déjà atteintes. Le son est si puissant que les bouteilles posées sur la scène voyagent de gauche à droite comme par magie, les projecteurs pourtant scotchés solidement au sol vibrent et bougent dans tous les sens sous les élucubrations du groupe, et nous, oui, nous dans le public, nous n'en croyons pas nos yeux.

Les regards sont tantôt fascinés tantôt ébahis, les bouches restent bées et les oreilles sont définitivement martyrisées. On sent nos cages thoraciques  se compresser et nos cloisons nasales vibrer sous les infrabasses destructrices de Sunn O))). Moment sauvage et intense...

C'est alors qu'on entre dans la seconde partie du set avec le premier changement d'accord, et oui chez Sunn O))) on attend un changement d'accord comme on attend un titre précis lors d'un concert habituel. Instant magique, la salle prend une autre couleur, les vibrations sont toujours là mais différentes. Le groupe décide visiblement de rester assez libre et Anderson comme SOMA tenteront des choses pendant une bonne dizaine de minutes.

Puis arrive la dernière partie du show, sans aucun doute la plus bestiale. Celle qui rappelle des albums comme "ØØ Void" ou "The Grimm Robe Demos", des enchainements d'accords un peu plus rapides mais un son taillé dans le roc, un son brut qui vient vous percuter la gueule et qui vous pénètre tout entier. On se sent peu de chose dans ce brouillard sonore très bien symbolisé par la fumée, c'est un peu comme si Anderson et SOMA pouvaient vous tordre tout entier d'un simple accord de basse. Expérience saisissante.

Pour être synchros ils lèvent souvent le poing afin de jouer l'accord en même temps ce qui rajoute un côté théatral à la performance, car il ne s'agit pas d'un concert, non non, il ne s'agit pas de musique, ou plus de musique. On est bien au dessus de tout ça, c'est de la vraie performance artistique dans le sens le plus noble du terme.

Enfin le clan Sunn O))) décide de nous libérer de son emprise, Greg Anderson est le premier à lever sa basse comme un rituel, comme une vraie offrande aux dieux de l'infrabasse. SOMA le suit, et rapidement tout le groupe se retrouve face aux 18 baffles alignés sur scène et hurlants la symphonie du chaos engendrée par 1h30 de drone sans pitié, et les 5 types lèvent les bras, puis arrêtent d'un coup leurs amplis.

Et c'est là que le moment est le plus intense, l'instant précis où la déferlance d'infrabasses laisse place au silence le plus total. Le public est conquis

applaudissements.


Je ne pensais pas pouvoir vivre quelquechose de plus intense qu'à Dour et pourtant on était encore à des années lumières au dessus ce soir. Sunn O))) confirme que l'aventure est loin d'être terminée et surtout qu'ils ont encore beaucoup de choses à nous envoyer en pleine tronche, surtout là où on les attend le moins.
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Publié dans Chroniques de concerts

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